Il existe une scène à laquelle j’assiste toutes les fois où je sors de chez moi. Une scène devenue banale, mais qui réussit automatiquement à me faire sortir de mes gonds. Parce qu’elle peut transformer une promenade agréable en véritable parcours du combattant. Je vous en parle dans un nouveau coup de gueule du mois. Cette scène, c’est celle où je constate qu’une ou plusieurs voitures sont garées devant un bateau de trottoir.
Pas sur une place de stationnement appropriée, non. Beaucoup de personnes continuent de se garer sur les abaissements de trottoirs, qui permettent de passer la chaussée en fauteuil roulant, avec une poussette, un déambulateur ou une canne. Pour certains, ce n’est rien de plus grave qu’un mauvais stationnement. Mais pour moi, c’est une véritable impasse.
Un bateau de trottoir bloqué peut devenir un véritable obstacle
Lorsque je circule avec mon fauteuil roulant, je ne peux pas monter ou descendre un trottoir n’importe où. Les bateaux ne sont pas un confort, ils sont le seul endroit où les personnes en situation de mobilité réduite peuvent franchir un trottoir en sécurité. Quand l’un d’eux est bloqué par une voiture, je suis obligée de faire demi-tour, parfois plusieurs dizaines de mètres en arrière, de chercher un autre passage… Ou pire, de rouler sur la chaussée au beau milieu de la circulation.
Je ne comprends simplement pas depuis quand ces bateaux seraient devenus des emplacements réservés aux voitures. À force de circuler en ville, je pense que certains automobilistes ont tendance à considérer ces zones comme leur propre place spécialement réservée. Un bateau de trottoir est libre ? On s’y arrête. Une descente est suffisamment large ? On s’y gare. Tant pis si ce n’est absolument pas prévu pour.
Un bateau de trottoir n’est pas une place de stationnement
Pourtant, la réalité est très simple : un bateau de trottoir n’est en aucun cas une place de stationnement. Ce n’est pas non plus un espace vide, laissé là par hasard, ni une zone d’arrêt minute, où l’on peut garer sa voiture juste le temps d’aller faire telle ou telle chose. C’est un passage, lui-même conçu pour permettre de franchir un trottoir et de passer sur la route sans obstacle.
Et malgré cela, combien de fois par jour voit-on des voitures garées exactement à cet endroit ? Je ne parle même pas des places réservées aux personnes handicapées. Je parle de ces voitures stationnées là où elles n’ont, tout simplement, rien à faire.
Quand un passage adapté devient un obstacle
Ce qui m’énerve le plus, c’est le nombre de personnes qui considèrent une telle situation comme la norme. Après tout, la voiture ne dérange pas la circulation automobile, elle est simplement un peu sur le côté. Alors où est le problème ?
Le problème est justement là : on regarde la rue uniquement du point de vue du conducteur, et non des personnes présentant des besoins particuliers. Lorsqu’on se déplace à pied, en poussette, avec une canne, un déambulateur ou un fauteuil, un bateau représente le seul endroit où l’on peut monter ou descendre.
En y stationnant un véhicule, on transforme un passage adapté en obstacle.
À quoi bon investir dans l’accessibilité si elle devient inutilisable ?
Le plus absurde, c’est que de tels aménagements ont été réalisés avec de l’argent public. Même lorsque les collectivités façonnent des chemins accessibles, abaissent des trottoirs et respectent les normes d’accessibilité… certains sont encore là pour barrer la route et décider que cet espace fera l’affaire pour garer leur voiture. Alors à quoi bon investir dans l’accessibilité si l’incivisme de la communauté suffit à la rendre inutilisable ?
« Je n’en ai que pour deux minutes »
Il est fréquent aussi d’écouter telle ou telle personne se garant sur un emplacement inapproprié dire qu’elle n’en a que pour « deux minutes ». Sauf que ces deux minutes peuvent obliger un fauteuil, une poussette, une personne âgée à faire un détour pour descendre sur la chaussée.
En soi, le problème n’est pas la durée. Le problème est l’endroit. On ne se gare pas devant une sortie de secours sous prétexte que c’est « juste pour deux minutes ». On ne bloque pas un immeuble sous prétexte qu’on est pressé. Tout cela relève simplement du civisme !
Respecter l’accessibilité, ce n’est pas une faveur
Un bateau de trottoir a une fonction précise : il permet à chacun de circuler. Le respecter, ce n’est pas faire preuve de gentillesse envers les personnes handicapées, c’est purement et simplement respecter la loi et l’usage auquel il est destiné. Ce n’est pas une place disponible, c’est un passage. Et un passage n’a jamais été étudié pour accueillir une voiture.