Les assureurs recourent de plus en plus à l’intelligence artificielle (IA) pour traiter les dossiers d’indemnisation des victimes. Ils économisent ainsi du personnel et ce traitement automatisé leur permet aussi de répondre plus rapidement aux demandes.
Une indemnisation « statistique » confiée à l’IA
Cette évolution (« claims automation » ou « claims intelligence ») est présentée par les assureurs comme un « effort de modernisation » ou même comme « une amélioration du service client ». Elle représente au contraire un retour en arrière par rapport aux principes du droit du dommage corporel et un danger manifeste pour les victimes d’accident, particulièrement celles qui sont les plus gravement blessées.
Pour le comprendre, il faut expliquer comment procès l’intelligence artificielle pour traiter le dossier d’une victime. Le système analyse les circonstances de l’accident, le profil de la victime, les déclarations initiales et les documents médicaux. En fonction de ces données, l’ordinateur produit des fourchettes d’indemnisation calculées sur des bases statistiques de dizaines de milliers d’autres dossiers. Et la fourchette basse devient en général l’offre d’indemnisation amiable faite à la victime.
L’ordinateur ne s’intéresse pas à votre situation personnelle
On l’a compris : l’intelligence artificielle ne s’intéresse pas à votre dommage, à votre situation personnelle ou professionnelle, à votre souffrance, aux divers bouleversements de votre vie, conséquences directes de l’accident. L’IA ne s’intéresse qu’aux séries statistiques de milliers d’autres dossiers « similaires » pour fournir une estimation du vôtre. C’est totalement contraire à tous les principes du droit français qui exige une indemnisation « in concreto », c’est à dire qui ne se base que sur l’examen de votre situation réelle et personnelle.
Le deuxième danger de cette automatisation c’est que les modèles d’IA des assureurs s’entraînent sur des données statistiques historiques. Or la jurisprudence du dommage corporel évolue sans cesse. Des préjudices qui n’étaient pas reconnus ou sous-évalués auparavant, sout aujourd’hui traités différemment par les tribunaux. Indemniser, sur la base de moyenne entre le passé et le présent, désavantage donc automatiquement les victimes.
La victime ne sait pas qu’elle fait face à une machine
Le pire de cette indemnisation par ordinateur, c’est que la victime ne sait pas qu’elle est traitée par un algorithme. Les assureurs prennent soin, en général d’associer un nom de responsable humain, plus ou moins fictif, à leur correspondance et à leurs offres d’indemnisation. Le seul moyen pour débusquer l’ordinateur serait d’interroger systématiquement l’assureur au nom de l’article 15 du Règlement européen sur la protection des données (RGPD) qui impose d’être informé si on est l’objet d’un traitement automatisé !
L’indemnisation par l’IA est un piège pour les victimes. La solution la plus efficace est de la refuser en se faisant assister par un avocat spécialiste du dommage corporel. Le cabinet Jehanne Collard et associés aide, depuis plus de 30 ans, toutes les victimes d’accident à faire valoir leurs droits face aux assureurs.