Julien, 22 ans, victime d'un accident de moto à 17 ans

#JESUISENVIE

C’était le 21 juin 2013, il était 22h et j’avais 17 ans. Comme tous les vendredis soir j’allais rejoindre un ami d’enfance en moto (50cc) pour ensemble, revenir sur les Mureaux avec nos motos identiques.

C’est alors que je roulais sur une deux voies : la vitesse était limitée à 90km/h.

Feu allumé, vitesse à 50km/h, j’ai confiance malgré la pluie ; lorsque surgit devant moi des phares : une voiture roule dans le mauvais sens, elle double des voitures. Je vois ses phares se rapprocher de plus en plus : le conducteur n’a pas l’intention de se rabattre dans sa file ou de ralentir. Je ne peux pas m’orienter vers ma droite car il n’y a pas de place ; c’est alors que je comprends qu’il va me percuter et que le choque va être terrible. Vais-je revoir ma famille ? Mes amis ? C’est une terrible angoisse et tout se passe extrêmement vite. Le choque est très violent. Une grande douleur à la tête, je ressens une douleur au bras gauche et à la jambe gauche et voit très vite défiler à très grande vitesse l’asphalte de la route…

visuels-FB-portrait-Juline.jpg

Aujourd’hui il s’est passé 5 ans ; 5 années de souffrance, d’angoisse, de désespoir, d’incertitude sur l’avenir et de lutte ; 5 années de soins, de rééducations : mes deux dernières interventions datent du 24 Avril et du 5 Juin 2018 sur la clavicule gauche. Mon bras gauche a été arraché alors de l’impact et les chirurgiens ont dû amputer le reste du bras sous l’épaule. Ma jambe gauche a été délabrée, le genou gauche est totalement détruit, le pied sectionné et de multiples fractures ouvertes sur toute la longueur de la jambe. Ma jambe a dû être reconstituer. Cela représente environ 2 ans et demi avec une longue intervention chirurgiens par mois.

J’ai passé pratiquement 3 années en fauteuil roulant et aurait dû le garder pour toute ma vie car si j’ai encore ma jambe gauche, je ne pourrais plus jamais l’utiliser. Il y a quelques mois, j’ai demandé aux chirurgiens qu’ils m’amputent ma jambe gauche comme ils l’auraient fait pour le reste du bras. Mais ma famille m’a aidé en aménageant la maison pour adapter à ma situation et en parlant avec moi et les chirurgiens pour enfin décider ensemble que je garderai ma jambe.

Actuellement je marche grâce à une orthèse. Sans cet appareil je suis dépendant d’un fauteuil roulant à vie. J’ai repris le karting depuis 2015 malgré les soins et le fauteuil roulant car je n’aurais pas encore l’orthèse (je fais du karting depuis l’âge de 5 ans). C’est en me rendant compte que j’étais toujours capable de conduire un karting (non aménagé) que j’ai compris que la vie continuait.

J’ai passé mon permis de conduire en Janvier 2016 (alors que j’étais toujours en fauteuil) Aujourd’hui j’ai ma voiture automatique avec boule bluetooth au volant et conduis « comme tout le monde », parce que même avec de graves séquelles, on peut conduire et vivre sa vie.

Depuis septembre 2018, je travaille comme commissaire de piste sur un circuit de karting et ai mon propre karting avec lequel je pense faire rapidement des compétitions…

Si je peux donner du courage aux autres personnes victimes comme moi d’accidents, je veux le leur donner. Mais surtout leur conseiller d’accepter les soins, la longue rééducation, même si parfois ils en ont marre et se sente « au bout du rouleau ». Il faut également accepter de se reposer et de ne pas sombrer dans la grande tristesse lors des moments de découragement, mais accepter ses moments pour après avoir la force de repartir car ils font partie de « l’après-accident ».

Malgré tous les progrès et évolutions constatée, je reste toujours avec l’idée que je ne pourrais plus jamais remarcher normalement sans l’orthèse, ni jamais ne refaire de moto, du vélo, du ski, nager normalement… ni faire tellement de choses car je n’ai plus qu’un bras. Mais je n’ai trouvé des compensations (karting, quad)

J’espère de tout mon cœur que ces quelques mots pourront apporter de l’aide.

Julien.