On attend un miracle à Poitiers

C'était il y a quatre ans. Quelques jours avant Noel, Thierry circulait sur son vélomoteur sur une départementale du Poitou. Une voiture est venue le percuter par derrière en tentant de le dépasser. Pour Thierry, la vie s'est disloquée à 38 ans. Des crises d'épilepsie violentes et fréquentes, des pertes de mémoire, des facultés intellectuelles en lambeaux et une humeur qui passe sans prévenir de la dépression à l'agressivité. Le traumatisme crânien le condamne à l'hospitalisation définitive. Dans un foyer médicalisé où on peut suivre son état neurologique et le motiver sur les quelques activités dont il est encore capable. Dans quatre mois pourtant, Thierry ne pourra plus payer le foyer qui l'a accueilli. Les provisions versées par l'assureur du conducteur sont épuisées et l'indemnisation définitive de Thierry est paralysée. La procédure judiciaire entamée depuis avril dernier devant le tribunal de Paris est au point mort. L'assureur soutient que le vélomoteur n'était pas éclairé. Pour trancher, il manque au dossier une pièce essentielle, une pièce dont toutes les victimes disposent pourtant dans une délai de trois mois, six mois dans le pire des cas : le procès verbal d'enquête qui sert à établir les responsabilités.

Les gendarmes du Poitou ont pourtant fait leur travail. Ils ont achevé l'enquête et envoyé le procès verbal au procureur de la République le 17 juillet 2012. Une copie est partie vers la compagnie d'assurance mais elle est très lacunaire. Pour débloquer l'indemnisation de Thierry, il faut une copie du document complet envoyé au Parquet. Et c'est là que tout se bloque.

Au Parquet de Poitiers, on répond que le procès verbal de l'accident n'est toujours pas disponible. Il ne pourra être photocopié que lorsque M. le Procureur aura pris sa décision. Quelle décision ? Celle de renvoyer le responsable devant un tribunal ou de classer sans suite. C'est normal, c'est la loi. Il n'empêche : on peut respectueusement se demander pourquoi M. le Procureur n'a pas pu prendre de décisions depuis plus de trois ans ?

Je sais les difficultés extrêmes de la justice, son manque endémique de moyens et de personnel. Je sais l'afflux de plaintes et d'affaires urgentes qui s'accumulent sur les bureaux des Parquets. Je redoute qu'un simple accident de la circulation ne soit pas prioritaire. Mais il s'agit d'un homme fragile, diminué, qui n'a plus les moyens de faire face. D'un homme à qui la loi, voulue par Robert Badinter en 1985, promet une indemnisation rapide et équitable. J'ai écrit au procureur de Poitiers. En désespoir de cause, je lance aussi cette petite bouteille à la mer. Il arrive parfois qu'à Noël, internet fasse des miracles. Tierry en aurait bien besoin.