Morts sous une avalanche : notre prévention ne fonctionne plus.

Dans la station des Deux Alpes, une avalanche a coûté la vie, le 13 janvier, à deux lycéens grenoblois et un skieur ukrainien. Selon les premières informations, un groupe de dix lycéens, sous la responsabilité d’un enseignant, se serait engagé – ensemble contre toute prudence- sur une piste noire pourtant fermée par des filets, lorsque l’avalanche les a emportés. Les jeunes gens et leur professeur n’étaient munis ni de sonde, ni de pelle ni de détecteurs de victimes (DVA.) Ce drame soulève bien des questions. Même si je ne veux pointer des responsabilités avant la fin de l’enquête, on peut légitimement s’interroger sur la légèreté de l’Education nationale. Ces lycéens étaient, semble-t-il, en classe de première option sport. S’agissant de jeunes sportifs, l’encadrement d’un seul professeur –même skieur expérimenté- est-il suffisant ? Pourquoi ne pas confier ces adolescents que l'on sait spontanément un peu casse-cou, à un moniteur connaissant parfaitement la station ou un guide spécialisé capable de leur transmettre la connaissance de la montagne et de ses risques ? »

Mes autres questions concernent la station de ski. Elle est tenue à une obligation d'information pour assurer la sécurité de ses clients. Et les lecteurs de ce blog savent que je prends très au sérieux cette obligation. Trop de stations ont tendance à oublier leur devoir quand il s'agit de ne pas décourager la clientèle. Ainsi pourquoi la station des Deux Alpes affichait-elle, le 13 janvier, un risque d’avalanche de 3 sur 5 alors que la plupart des autres stations mentionnaient 4 sur 5 ? Un décalage d'autant plus surprenant que dès le lendemain, le site internet des Deux Alpes corrigeait la donne et affichait un risque d'avalanche de 4 sur 5 alors que les conditions météo n'avaient pas changé.

Au delà de ce cafouillage, on peut se demander si le niveau de risque est bien porté à la connaissance des clients au delà du site internet de la station, s'il est affiché par exemple au pied des remontées concernées. On peut s'interroger aussi sur la clarté de l'information concernant les pistes. Aux deux Alpes, tous les responsables savaient que la piste noire de Belledone était un piège redoutable depuis que quelques centimètres de neige fraiche avaient recouvert les plaques gelées du début de saison. Et tous les responsables savaient que des skieurs imprudents continuaient pourtant à emprunter cette piste. Qu'ont-ils faits pour prévenir le drame ? Les filets sont-ils une signalétique suffisante pour fermer une piste ? Ne risque-ton pas de les confondre avec des équipements de protection utilisés pour empêcher les chutes dans les ravins ? Ne dispose-t-on pas de panneaux plus dissuasifs pour signaler le danger ?

Le drame des Deux Alpes impose un douloureux constat. Il y a eu, l’an dernier, 45 morts par avalanche, rien qu’en France. C’est énorme. A l’évidence nos systèmes de prévention ne fonctionnent plus au regard du développement de la randonnée et du hors-piste. Et sans doute aussi face aux changements climatiques qui modifient les conditions d’enneigement de beaucoup de stations. Il faut d’urgence réfléchir à des systèmes d’alerte plus clairs. Et faire en sorte que l’information sur les risques ne soit pas sacrifiée par les stations de ski sur l’autel de la rentabilité commerciale.