Le Pokemon virtuel tue réellement

Cela n'a pris que quelques jours. Dès la mise en ligne des applications de Pokémon Go, on a vu, en France comme ailleurs, déferler des hordes errant de çi de là, derrière leur téléphone portable.Certains ont traversé brusquement les routes ou les voies ferrées. D'autres ont sauté dans le vide du haut des falaises. L'épidémie a atteint rapidement les automobilistes qui ont précipité leur véhicule contre des murets ou des voitures de police. Nul doute que la contagion affectera bientôt les chauffeurs de bus ou les pilotes d'avion. Partout les accidents se multiplient malgré les mises en garde des autorités. On pouvait encore se demander, il y a quelques semaines, quelles mutations affecteraient l'espèce humaine après deux ou trois générations d'utilisation frénétique du smartphone.Au début de l'ère virtuelle, les petits génies de la Silicon Valley prédisaient que la "réalité augmentée" nous rendrait plus intelligents dans un monde plus sûr. La réalité s'est chargée de démentir rapidement ces beaux pronostics.Pokémon Go a le mérite de la clarté : L'humanité vient de reculer massivement d'une quinzaine de siècles renouant avec les civilisations qui célébraient les elfes, les lutins et les trolls. A cette différence près que nos ancêtres semblaient beaucoup mieux percevoir les dangers des mondes invisibles ou magiques.

On peut rire de ces divagations de masse, considérer qu'une fois purgée de tous ces décérébrés, notre société se portera bien mieux. On peut s'en féliciter au nom de la promotion de l'exercice physique comme notre ministre de la santé, Mme Marisol Touraine, qui semble vouloir échanger des milliers d'obèses contre des dizaines de milliers d'handicapés par accident. On peut aussi pleurer en songeant que cet abêtissement suicidaire se fait sur une base purement volontaire et avec un certain enthousiasme hystérique. Ce qui aurait ravi Hitler, Staline ou Mao.

On peut aussi, comme moi, avoir simplement peur.Peur qu'un "dresseur", à bord de son camion, aperçoive un monstre virtuel particulièrement désirable sur mon pare-brise, de l'autre coté de ma route ou de celle de mes enfants. Me voilà donc condamnée à répéter qu'un Pokémon virtuel peut tuer réellement, comme le fait, au volant, un joint ou un verre de trop. Je crains seulement que ce message de bon sens ne trouve aucun public dans la manie collective qui s'empare aujourd'hui de tous.

Pour protéger ceux que nous aimons de ce nouveau danger, il faudra donc aller plus loin, rechercher la responsabilité de ceux qui sont à l'origine de cette épidémie addictive. Il faudra leur demander pourquoi leurs logiciels utilisent nos données de localisation sans aucune prudence et placent les proies convoitées dans des positions mettant objectivement en danger la vie des joueurs.