TROTTINETTE, BONJOUR LES DÉGATS !

La trottinette électrique explose. A Paris, Bordeaux, Toulouse ou Marseille, ces petites merveilles ludiques sont disponibles en libre service et les engins dévalent rues ou trottoirs à des vitesses ahurissantes, plus ou moins maitrisés par des utilisateurs de tous âges. La première conséquence de cette vague de fond est hélas l’augmentation dramatique des blessés, voir des morts, en milieu urbain. Membres fracturés et traumatismes crâniens non seulement pour les néophytes du guidon, peu souvent casqués, mais aussi pour les malheureux piétons qui croisent leur route. Rien de surprenant : les Etats Unis pionniers dans cette nouvelle forme de mobilité, ont alerté depuis des mois sur sa dangerosité. Les récents bilans de la sécurité routière confirment que le malheur repart à la hausse dans les villes sillonnées par les trottinettes vagabondes.

La responsabilité du massacre incombe en premier lieu à la puissance publique qui n’a pas su encadrer les engins et leurs usages. Les trottinettes doivent-elles rouler sur la chaussée ou sur les trottoirs ? Qu’y a-t-il de commun entre un engin bridé à 10 km/h et un autre capable d’atteindre les 60 km/h ? Comment distinguer les trottinettes homologuées des machines importées ou « débridées » par quelques apprentis sorciers ? Personne ne s’y retrouve à commencer par les forces de l’ordre qui s’abstiennent, en dehors de tout cadre légal précis, de verbaliser. On nous assure que la prochaine loi sur la mobilité, actuellement en discussion, mettra enfin de l’ordre dans tout cela. On peut l’espérer en regrettant que la loi intervienne après les accidents. 

Car, en attendant, la confusion a des conséquences difficiles pour les piétons victimes. La Fédération française des assureurs a estimé que tous les conducteurs de trottinettes devaient s’assurer pour leur responsabilité civile. Mais qui le sait ? L’utilisateur des engins en libre service croit peut être qu’il est assuré par le service de location comme c’est le cas pour « Auto Lib ». C’est faux. Dans la grande majorité des cas, l’assurance reste à la charge de l’emprunteur, ce que le loueur de trottinettes s’empresse de ne pas lui dire. Faute d’assureur, la victime renversée par la trottinette va devoir se débattre avec le Fonds de garantie qui se retournera ensuite vers le responsable. Et l’ado qui a loué l’engin sur un coup de smartphone, va devoir assumer les conséquences financières de l’accident toute sa vie.

Jehanne Collard

Avocate.