Retour à la loi de la jungle sur les trottoirs

On croise des rollers et des trottinettes électriques, des monoroues et des Segway, des skateboards et des hoverboards. On ne sait plus où donner de la tête pour les éviter. Je n’ai rien contre l’invasion ludique de l’espace urbain sauf que la prolifération anarchique de NVIE (nouveaux véhicules individuels électriques) comme on les surnomme, finit par poser de sérieux problèmes de sécurité sur les trottoirs.

Il y a quelques semaines, une passante a été violemment percutée sur un trottoir parisien par une trottinette électrique qui n’a pas jugé bon de s’arrêter. Pas d’immatriculation, impossible retrouver le responsable qui n’a sans doute pas d’assurance. Pour la victime gravement blessée, une vie de misère s’annonce. On ne peut pas l’accepter. Plus de trente ans après la Loi Badinter sur la protection des victimes de la circulation routière, on ne peut pas tolérer, au nom de la liberté un tel retour en arrière, un tel vide juridique. On ne peut pas interdire à ces engins la chaussée pour les protéger des voitures, les exclure des voies cyclables pour assurer la sécurité des vélos et laisser à leur merci, sur les trottoirs, les plus vulnérables des usagers de la voie publique.

On ne peut pas continuer à se voiler la face, à prétendre que des engins qui peuvent dépasser les 25 km/h ne sont pas des véhicules à moteurs parce que leurs conducteurs ne sont pas assis. Ou parce qu’un bouton, vendu en option, leur permet théoriquement de réduire leur vitesse en dessous de 6 km/h !

Les associations de victimes de la route ont depuis longtemps protesté. Le délégué interministériel à la sécurité routière a déploré la situation. Des propositions de lois ont été déposées. En vain. Les pouvoirs publics semblent inconscients ou tétanisés. Il est temps de réagir avant que d’autres vies soient brisées. Il est temps de définir des règles claires de circulation pour chaque catégorie de NVIE. Il est temps d’imposer aux utilisateurs de ces engins une assurance de responsabilité civile. Pour s’assurer d’une juste indemnisation des victimes. Et pour protéger les conducteurs de ces engins des conséquences de leur responsabilité en cas d’accident.

Jehanne CollardCommentaire