MILLAS : un nouveau scandale de la justice française ?

Le 14 décembre dernier, six enfants sont morts et 17 autres ont été gravement blessés. Le car scolaire dans lequel ils se trouvaient a été percuté par un TER sur le passage à niveau de Millas. Dès le lendemain de cette tragédie, la France entière s’est interrogée. Comment un tel drame est-il possible ? Le passage à niveau a-t-il dysfonctionné comme le soutient la conductrice du car ? Ou bien cette dernière a-t-elle forcé les barrages comme le disent certains témoins ?

Neuf mois plus tard, toutes ces questions sont toujours sans réponse. Silence total du pôle d’instruction de Marseille spécialisé dans les accidents collectifs. Pas de nouvelles des experts qui, désignés pour examiner le bus scolaire et le passage à niveau, devaient rendre leur rapport en juillet.

Je sais que la justice française aime présenter sa lenteur comme gage de sa sérénité. Je sais surtout qu’elle est fauchée, que ses magistrats asphyxiés par le manque de personnel et de moyens, sont démotivés. Je ne veux surtout pas lui jeter la pierre. Mais le temps qui passe rend la situation à la fois surréaliste et consternante.

Le surréalisme, on le découvre sur le terrain. Dans un premier temps, le passage à niveau a été fermé. C’était logique puisqu’il s’agissait d’un scellé dans une procédure judiciaire et dans l’attente d’une expertise. Mais la route, elle, est restée ouverte. Et on a vu les voitures contourner ou pousser allégrement les barrières comme l’a abondamment rapporté la presse locale. Pour remédier à cette fâcheuse situation, le préfet et la présidente du département ont demandé à la SNCF de remettre en marche l’objet du litige. Malgré les réticences de la SNCF, le passage à niveau de Millas a donc été remis en état avant même que les rapports des experts ne soient rendus. Ce qui rend impossible tout demande d’une éventuelle contre-expertise et fragilise d’autant la validité de la procédure comme la recherche de la vérité.

La consternation, elle, règne dans les cœurs. Ceux des parents des enfants broyés qui attendent toujours des réponses à leurs légitimes questions pour tenter de vivre leur deuil. Ceux des familles de tous les blessés qui ne savent toujours pas qui va prendre en charge leurs frais et l’avenirs de leurs enfants lourdement handicapés.

Le drame de Millas risque de devenir rapidement un des retentissants scandales de la justice française. A quoi sert d’instaurer, en grande pompe, des pôles d’instruction spécialisés si le fonctionnement de la justice n’en est pas pour autant amélioré, si tout continue à s’enliser dans l’absurdité ? A quoi bon se réfugier derrière d’officielles Délégations Aux Victimes quand on se montre incapable de répondre à leurs attentes les plus pressantes, les plus vitales et les plus légitimes ? Entretient-on en haut lieu l’espoir cynique que, loin des projecteurs médiatiques, les petites victimes du passage à niveau finiront par tomber dans l’oubli ? Faut-il que les familles des collégiens de Millas viennent s’enchaîner aux grilles de la place Vendôme pour que pointe enfin le « nouveau monde » de la justice française ?

Jehanne CollardCommentaire