Le gilet jaune ne protège pas de la bêtise dévastatrice

Parmi les paradoxes du « mouvement des gilets jaunes », il en est un qui me consterne particulièrement : voici qu’un équipement dédié à la sécurité routière sert à populariser des revendications qui menacent de la détruire ! A coté d’une protestation sans doute légitime contre les inégalités économiques, certains manifestants souhaitent également l’abrogation de la limitation de vitesse à 80 km /h sur les routes secondaires à double sens. A les entendre, cette mesure serait discriminatoire. Elle pénaliserait les zones rurales et ceux qui sont obligés de prendre leur voiture pour aller travailler.

Il se trouve même des journalistes pour affirmer que cette mesure serait une des origines de la colère populaire. Pour prétendre qu’avec les taxes sur l’essence, la limitation de vitesse ferait « vivre un véritable chemin de croix aux automobilistes ».

Le gilet jaune est fait pour éviter aux piétons et aux usagers en panne, une collision mortelle. Il faut reconnaitre qu’il ne protège ni de la démagogie, ni de la bêtise dévastatrice. Car les manifestants et les commentateurs qui s’attaquent à la sécurité routière, commettent un dramatique contre sens. La limitation de vitesse à 80 km/h protège ceux là même qui la contestent : les habitants des zones rurales, les automobilistes du quotidien, ceux qui sont aujourd’hui les premières et les plus nombreuses victimes de la route en France.

Quitte à essuyer la colère des gilets jaunes, il faut expliquer que la limitation de vitesse sur les routes secondaires sauve des vies. Partout où elle a été instaurée, la mesure a fait immédiatement et durablement baisser le nombre de victimes de la route. En Suède, au Danemark, aux Pays Bas, en Norvège, en Suisse et récemment en Lituanie, la réductions de la vitesse a fait amplement ses preuves. Perdre deux ou trois minutes sur un trajet quotidien vaut mieux que perdre un bras, une jambe, une vie.

Il y a sans doute beaucoup d’injustices qui justifient la colère populaire. Mais s’attaquer à la sécurité routière relève de la bêtise qui décrédibilise tout un mouvement. Rouler à 80 km/h sur une route secondaire n’a évidemment rien d’un chemin de croix. Rien de discriminatoire non plus si l’on songe que les usagers des transports urbains atteignent rarement cette vitesse !

Jehanne CollardCommentaire